Les dossiers>>>>>Les alternatives aux OGM

Une solution indispensable : la diversité.

En tant que paysans, nous savons que la résistance des insectes au Bt rencontrée dans les champs d’OGM n’est pas choquante. Nous savons également que l’on peu utiliser ce mécanisme de résistance chez les plantes. La diversité spatiale (mélange de variétés, d’espèces) et temporelle (rotation culturale, jachère) sont des moyens bien plus efficaces et économiques que les OGM. Ces créations artificielles sont loin d’être une nécessité. L’urgence est plutôt du côté des places financières : Monsanto a enregistré en 2002 une perte de un milliard de dollars sur un chiffre d’affaires de 4 milliards.

Comment augmenter la diversité? Avec la sélection participative.

La sélection végétale participative s’est avérée très utile à Cuba lorsque ses marchés d’exportation ont disparu (chute de l’URSS). Le pouvoir d’achat du pays en énergie et en produits agrochimiques a été réduit. La crise a touché les grandes exploitations industrielles tandis que les petites exploitations se sont multipliées. La citrouille (très populaire là-bas) était devenue introuvable car les variétés modernes dépendaient trop des intrants. Il a fallut faire appel aux variétés rustiques cultivées dans les jardins des pauvres, les véritables berceaux de la biodiversité. Les paysans ont cultivé, multiplié et sélectionné ces variétés dans leur champs dans des conditions difficiles (sécheresse, zéro intrants…). Seuls les paysans traditionnels ont été capables de produire correctement des semences valables car la biodiversité n’est rien sans leur savoir empirique. Si la sécurité alimentaire de Cuba a pu être maintenue, c’est grâce à la biodiversité, ce patrimoine inestimable (Humberto Rios Labrada, 2000).

Les promoteurs des OGM ne prennent pas en compte les possibilités du vivant à évoluer, à s’adapter. Or la vie est pleine de ressources. Jusqu’au début du 20ème siècle, les paysans français produisaient, sélectionnaient et conservaient la diversité génétique et biologique. Aujourd’hui l’agriculteur n’est plus en contact avec cette diversité. Celle-ci n’est plus dans les champs mais gelée au main des sélectionneurs. Le matériel végétal n’est plus adapté au terroir car la diversité n’est plus en contact avec l’environnement. La sélection participative permet à l’agriculteur de reprendre en main la sélection de ses semences pour qu’elles soient adaptées à l’environnement de sa ferme (sol, climat, parasites, influences telluriques…). Ainsi, la sélection est décentralisée et réalisée selon les critères et les conditions propres au paysan et à sa ferme. En six ans, une variété de blé intensive peut acquérir de multiples résistances pour un rendement équivalent (en conditions bio).

Enfin, l’intérêt final est d’échanger ces semences pour augmenter la biodiversité en les mettant dans des conditions différentes. Cela mène à une gestion dynamique de la diversité en mettant à profit tous les mécanismes de l’évolution : la recombinaison (croisement), la sélection (adaptation), la mutation (création), la dérive génétique (échantillonnage), la migration (échange).

Pot de terre contre pot de fer

Si l’on veut gagner la bataille des OGM, il faut que nos tactiques laissent perplexes l'adversaire, que nous désobéissons à sa façon de faire et de penser. De ce fait, les grandes organisations correspondent à sa façon de voir : le phénomène est centralisé, identifiable, ordonné. Si chacun sélectionne dans ses champs, dans son jardin, si nous produisons des semences et les échangeons sans qu’intervienne l’argent, le système est déboussolé car notre puissance est alors petite, décentralisée, désobéissante (vis à vis des lois du marché) et présente partout. Les artistes utilisent déjà cette guérilla économique pour faire face aux multinationnales de la musique et du cinéma en diffusant gratuitement leurs créations par internet.

Bibliographie :

-Humberto Rios Labrada, 2000. Sélection végétale participative. Cultiver le savoir. SPORE 102, p16.

© La ferme bio du Manoir de Coatleau - 2004
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