Les dossiers>>>>>50 ans d'évolution de l'agriculture française

L'agriculture française a profondément évolué après la seconde guerre mondiale en effectuant une révolution "silencieuse", appuyée par les politiques agricoles mises en place. La recherche de rendement à tout prix, but unique pendant de longues années à l'INRA a marqué profondément les générations d'agriculteurs. Mais le succès d'une politique modifie tellement de paramètres et par conséquent son contexte, que cette même politique devient inadaptée à son environnement économique et social. Petit à petit, la nécessité de changer s'est fait de plus en plus pressante jusqu'à la crise, évènement salvateur dans un sens mais peu agréable pour ceux qui la vivent.

Les cinq étapes de l'évolution de l'agriculture française

1945-1960 : Mécanisation lente et progressive

L'agriculture se spécialise, l'INRA est créé en 1946. Les premiers tracteurs payés par le plan Marshall américain débarquent en France. La modernisation et l'instensification se mettent en place. Mais il n'y a pas encore de grands résultats. La sécurité alimentaire n'est pas encore assurée totalement. Dans les mairies rurales, on peut lire sur certaines affiches : "La France a faim. Semez...!"

Les conséquences : spécialisation, agrandissement, endettement, vulgarisation.

1960-1974 : Mise en place de la politique agricole commune

La signature du traité de Rome et la création de la CEE marque l'année 1958. Le premier chantier de cette nouvelle entité économique régionale : son agriculture. La PAC sera son outil indispensable. En 1962, la loi d'orientation de l'agriculture est votée. Elle privilégie les unités familiales et veut placer l'agriculture au même niveau que les autres secteurs en la valorisant et rétablissant la parité économique. On assiste alors au formidable développement de la grande distribution, de l'agrofourniture et tous les organismes para-agricoles. Les rendements explosent dans tous les secteurs (céréales, lait, viande, légumes etc).

Les conséquences : des exploitations plus productives, plus intensives, plus grandes, plus uniformes.

1974-1984 : Choc pétrolier et quotas laitiers

Le premier choc pétrolier met en évidence la dépendance de l'agriculture vis à vis du pétrole par sa forte consommation d'intrants comme les engrais minéraux. Le prix du blé baissant, de nombreuses exploitations font faillite. Le scandale du veau aux hormones secoue la profession. En 1984, face aux "montagnes de beurre" et aux "lacs de lait", des quotas laitiers européens sont instaurés. La profession fait de la résistance face aux quotas.

Le rapport Hénin, chercheur à l'INRA, démontre la pollution des eaux par l'agriculture en s'appuyant sur les relevés de teneur en nitrate dans les cours d'eau.

Les conséquences : des interrogations naissent sur l'agriculture, faut-il intensifier encore plus?

1984-1992 : L'adaptation au marché mondial

Ces années sont une période de réflexion sur l'orientation à donner. Les problèmes de débouchés pour les produits agricoles apparaissent car, depuis 1980, la sécurité alimentaire de l'Europe est assurée. Les estomacs européens solvables sont pleins ; il faut conquérir des marchés pour écouler la production agricole. La première PAC est en partie démantelée (pour les céréales notamment) pour donner naissance à la deuxième PAC. Celle-ci met en place une baisse des prix à l'exportation en créant un effet de dumping (subventions à l'exportation) pour s'adapter au prix mondial. Le nombre d'agriculteurs ne cesse de diminuer.

Les conséquences : mise en avant de la "vocation exportatrice de la CEE", surproduction.

1992-2000 : La crise de confiance de la société

Les crises de la vache folle (1996 et 2000), du poulet à la dioxine illustre bien la perte de confiance de la société envers un système agricole qu'elle a pourtant fortement contribué à mettre en place les décennies précédentes. Le souci de l'environnement et de la qualité est de plus en plus mis en avant. On demande aux agriculteurs de produire autrement avec transparence (traçabilité). Ces derniers coincés par la grande distribution et démobilisés par la déconsidération de leur métier accusent le coup pour la plupart.

D'autres se lancent dans la diversification : tourisme vert, vente directe... La profession tente de modifier ses pratiques en lançant le concept d'agriculture raisonnée (opposée au côté déraisonnable de la poursuite des rendements sans fin?) à travers la création du réseau FARRE. Mais les bonnes volontés ont dû mal à se concrétiser sur le terrain (les pratiques changeant peu au regard de l'opinion publique) et la faible adhésion des paysans font que l'agriculture raisonnée fait "pschittt" au final.

Les conséquences : crise d'identité des agriculteurs, modification des pratiques agricoles.

Et aujourd'hui : 2000-2006, la nouvelle PAC

La troisième PAC décidée à travers les accords de Luxembourg en 2003 marque un tournant encore plus marqué par rapport à la pemière PAC. A vingt cinq, l'Union Européenne ne peut plus se permettre de subventionner autant son agriculture (sa part dans le budget européen avoisine les 50%) car il faut dégager des fonds pour l'intégration des nouveaux pays de l'est et pour la mise en oeuvre d'importants chantiers sociaux. Par conséquent, la production agricole et l'agriculture dans son ensemble doit coller à la réalité du marché. La fin des restitutions à l'exportation décidée par les accords de l'OMC sonne le glas du soutien du beurre et de la poudre de lait. La concurrence entre entreprises laitières en est exacerbée.

C'est la fin des quotas bettraviers et bientôt celles des quotas laitiers (en 2013-2014). Pour certains paysans, c'est la fin tout court. A quarante ans, ils arrêtent leur activité ; la mise aux normes des bâtiments pour respecter les directives européennes, la fin des soutiens au marché, l'univers de plus en plus concurrentiel, les investissements de plus en plus lourds découragent plus d'un. De 120 000 producteurs de lait en 2000, seuls 70 000 subsisteront en 2010 selon les prévisions. La politique des volumes trouve là sa limite : le marché, concurrentiel, mondialisé et limité (en Europe en tout cas).

Sur les cendres des années de la production de masse, poussent des agricultures de proximité, diversifiées, attentives à la qualité de ses produits. Elles ont des AOC (appelation d'origine contrôlée), des labels bio, des IGP (indication géographique protégée). Elles n'hésitent pas à limiter leur production comme dans le Doubs avec le comté. Dans une économie mondialisée, elles répondent territoire, région, typicité. Certes, elles ne représentent pas des volumes importants mais elle permettent à des régions de conserver une agriculture qui entretient ses paysages tout en produisant des denrées intéressantes. Elles répondent aux besoins de certains consommateurs de redécouvrir ses aliments à travers leur histoire (conditions d'élevage, de culture et de transformation) et leur région d'origine.

© La ferme bio du Manoir de Coatleau - 2004
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